Bilook : le vélotaf au ton juste

Le Velotaf désigne le fait d’aller au travail à vélo. Certains de ces usagers, très actifs sur les réseaux sociaux, filment leurs itinéraires au quotidien pour différentes raisons. Parmi ceux qui partagent régulièrement ces vidéos sur youtube, il y a Bilook. Dans l’agitation du grand Paris, ce vélotafeur partage l’intégralité de son parcours. En voix déportée, il commente ses images où l’humour prime sur les coups de gueule. Un « allez bisous » conclut chacune de ces vidéos, attachantes, qui en ont convaincu plus d’un de faire de la bicyclette leur mode de locomotion. 

Depuis combien de temps pédales-tu?

Depuis la rentrée de la 6e, par fainéantise, j’habitais à 700m du collège. J’ai un rapport très enfantin au vélo: j’ai encore en moi ce sentiment de pouvoir que j’ai ressenti. Comme si cela pouvait m’emmener plus loin. Le vélotaf : cela a commencé timidement, puis plus régulièrement à Paris. Il n’y avait pas d’appli, du coup je prenais les grands axes, c’était plus pratique, mais bon… A partir de 2001, c’est devenu mon quotidien, après avoir pris un blâme pour être arrivé en retard à cause des transports. Mon travail ne me permet pas d’arriver une minute en retard. Je me déplace donc à vélo pour la ponctualité.

Du côté des équipements?

Aujourd’hui j’ai mon vélo plaisir, un Genesis Croix de fer. Quand je vois qu’il va pleuvoir, je prends mon VTC Ridgeback. J’ai roulé pendant 20 ans sur des vélos premiers prix mais j’avais un compteur car je suis “data alcoolique ». Se voir passer un jour les 100 000 km, ça fait quelque chose. En règle générale, je vélotafe dans ma tenue de tous les jours, avec un t-shirt technique et une chemise bien pliée dans ma sacoche à côté de mes « rainlegs ». Ça couvre les ⅔ de ta cuisse mais si grosse pluie, j’ai un vrai surpantalon. Côté vestes, je me suis pris au jeu de la pédale: coupe-vent et imperméable. Aux pieds, c’est soit les souliers du travail, soit les chaussures à cales avec couvre chaussures, soit la grosse paire de Timberland (c’est ce qui isole le mieux en hiver).

L’idée de communauté vélotaf?

Totalement! J’ai passé de nombreuses années à pédaler seul et puis j’ai découvert le forum Velotaf. J’y ai trouvé pleins d’infos: en posant une question, on obtenait dix réponses (équipement, itinéraires, code de la route etc.). Cela m’a beaucoup aidé à faire la part des choses. C’était le début d’une autre façon de rouler avec par exemple le covelotaf  ou « bus cycliste ». Le plaisir de papoter en allant au travail. Je me suis  d’ailleurs fait beaucoup de vrais amis dans la « vraie vie ». Avec certains, nous avions en commun la passion du vélo randonnée: on se prêtait des équipements (tentes, porte sacoches…). Ce fut un tournant dans ma vie de cycliste quotidien, beaucoup plus tournée vers les autres.

Comment es-tu venu à la vidéo?

Je suis passionné et autodidacte. Tout a commencé avec une GoPro: tu peux retranscrire quelque chose de très immersif. J’ai d’abord filmé, les balades, la famille et puis, quotidiennement, mes trajets. Je faisais des montages mais il a fallu faire le ménage sur mon disque dur. J’ai gardé les bonnes séquences mais parallèlement apparaissait le fait que l’on me coupait les priorités, ou que l’on me rasait de trop près. J’ai mis bout à bout, toutes les crasses que j’avais subies et j’ai publié sur Youtube une vidéo compilation. Sauf que cela a beaucoup été vu, j’étais surpris. C’était l’anxiogène qui fonctionnait et cela m’a gonflé. Ces 20 minutes n’étaient pas représentatives de la réalité. La vidéo est passée en privé et j’ai laissé tomber les haters. Et puis je me suis mis sur Twitter.

Là j’ai découvert que la communauté cycliste était très active. C’était une grosse claque! Il y avait toute la communauté des vidéastes comme “50 euros” à Rouen. Beaucoup sont engagés. Personnellement, je n’ai pas cela dans mon ADN mais je respecte. Je me suis dit qu’il fallait que je partage plus de choses sur le vélotaf et sans coupes. J’ai donc filmé en intégralité, avec ma voix rapportée, la piste cyclable des maréchaux. Ca correspondait à ce qu’il s’y passait dans sa globalité. Il y a eu un espèce de coup de coeur généralisé alors qu’elle faisait presque 20min. Loin de trouver cela long, les gens regardaient et commentaient. Je me nourris beaucoup des arguments qui viennent en commentaires, mais ce qui me botte ce sont mes vidéos plaisir.

As-tu donné envie à de nouveaux vélotafeurs de se lancer?

Je reçois trois à quatre commentaires par semaine de personnes qui me disent qu’ils se sont mis au vélotaf grâce à mes vidéos. C’est pour cela que je continue. J’en tire une satisfaction intense, et un retour sur investissement incroyable, par rapport à tout le temps que j’y consacre. Sans coupe, sans triche, pour que les gens puissent vraiment appréhender le trajet dans son intégralité. Autour de moi, il y a eu aussi des collègues et des amis. Mon meilleur copain, avocat dans un grand cabinet, est venu à L’Echappée Belle, mon vélociste préféré dont je connais les conseils. Fini la voiture, il vélotafe tous les jours. Il y a quelques années il me disait “y’en a marre des cyclistes etc.” et dix ans après il s’y met. Les collègues m’ont d’abord questionné sur les 13 km de mon trajet aller. Pas mal s’y sont mis ensuite grâce au Velib. Même si ce système a vu exploser les incivilités, c’était un passage inévitable. Aujourd’hui beaucoup d’usagers ont passé le cap et ont acheté un vélo. Moi même je l’ai utilisé.

Si tu devais parler des avantages du vélotaf?

Tu arrives plus zen au travail et à la maison.Tu es beaucoup moins malade! Et bien plus en forme, d’une manière générale, tant au plan physique que moral. Ceux qui parlent du mauvais temps, je leur dit qu’ils ne vont pas fondre sous la pluie. Il suffit de s’équiper bien sûr. On peut le faire de façon abordable… ou péter les plombs sur des produits plus chers. Les choses changent: depuis 3 ans, j’ai vu beaucoup plus de cyclistes que les hivers précédents. Le démarrage est toujours le plus difficile mais quand finalement tu te lances, après avoir cherché des excuses pour ne pas le faire, tu cherches vites les solutions à tes divers problèmes en itinéraires et équipement. C’est très addictif le vélotaf.

Pourquoi un Minion?

Pourquoi pas ma gueule tu veux dire? Je ne me considère pas comme un blogger. Cela ne me ressemble pas « en tant qu’acteur », mais je suis client en tant que « lecteur ». J’adore La tête et les jambes, le magazine 200… cela me fait rêver. Mais pour répondre, c’était parce que je ne voulais pas que l’on voit ma tête. Et c’est pour moi la manière assez sympa, de s’identifier au vélo. De façon plaisante, enfantine, pour revenir à cette notion de sensations de l’enfance à vélo. Et aussi un peu sale gosse.

Comment utilises-tu Geovelo?

Je l’ai utilisé parce que j’ai déménagé aux antipodes, en terre inconnue. Je voulais débusquer de nouveaux chemins. J’ai testé comme j’ai pu tester d’autres calculateurs d’itinéraires. Et sur La Défense, vous êtes ceux qui s’en sortent le mieux.

Découvrez les balades de Bilook

Bilook c’est aussi, et surtout, le vélo plaisir. Attardez-vous sur ses vidéos de balades et prenez la route!

Sa chanson à vélo : Emmenez-moi / Charles Aznavour

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2018-11-16T12:54:27+00:009 novembre, 2018|Autour du vélo, Portraits|

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